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L'image médiatique du crystal serait fortement exagérée

Alors que les insititutions et dispositifs sanitaires français attendent avec impatience l'arrivé de la métha-amphétamine (crystal), cette drogue qui ravage les USA, un quotidien américain affirme que la mauvaise réputation de cette drogue est fortement exagérée...
Source: Courrier international (France) du 29 septembre
http://www.courrierinternational.com/ 

Le psychotrope qui ravage l'Amérique  
*Une épidémie fortement exagérée*
Steve Chapman
Chicago Tribune (Chicago)

"La drogue la plus dangereuse d'Amérique", clame Newsweek. Si vous avez été un peu distrait dernièrement, vous vous demandez peut-être de quelle drogue il s'agit. Serait-ce le tabac, qui tue plus de 400 000 personnes chaque année ? L'alcool, cause de plusieurs milliers d'accidents de la route mortels ? Le crack, qui a généré une vague de violences dans les années 1990 ? L'héroïne, qui a officiellement été qualifiée d'épidémie il y a quelques années ? Réponse : rien de tout cela. Aujourd'hui, la drogue la plus dangereuse de l'Amérique est la métamphétamine, plus connue aux Etats-Unis sous le nom de crystal. On sera peut-être surpris d'apprendre que ce nouveau fléau est plus dangereux que toutes les substances mentionnées plus haut, qui n'ont pourtant rien perdu de leur virulence. Mais la lutte contre la *drogue* est un peu comme les films d'horreur : il faut toujours qu'il y ait un nouveau monstre, et le nouveau monstre n'est jamais très différent des anciens. Le crystal est accusé de toutes sortes de maux. Apparemment, ceux qui en consomment négligent leurs enfants, battent leur conjoint, ont les dents qui pourrissent, détruisent leur santé, s'adonnent au cambriolage et se transforment accidentellement en torches vivantes dans les laboratoires rudimentaires qu'ils ont installés chez eux. Tout cela est peut-être vrai. Mais il nous est arrivé d'entendre des histoires tout aussi abominables sur d'autres drogues, avant de réaliser qu'elles avaient été beaucoup exagérées. Lorsqu'un produit est vraiment destructeur, cela finit par se savoir et les gens s'en détournent. Un toxicomane édenté couvert de brûlures horribles et de plaies purulentes a peu de chances de séduire des hordes de jeunes avides de sensations. L'épidémie de crystal finira par s'éteindre d'elle-même avec le temps. La métamphétamine ne crée pas une dépendance si forte qu'on le laisse entendre. D'après la Substance Abuse and Mental Health Services Administration, si 5,2 % des Américains âgés de plus de 12 ans en ont pris au moins une fois, seuls 0,3 % continuent à en prendre. Cela signifie que une personne sur dix-sept devient dépendante. Or la proportion est de une sur trois pour le tabac et d'environ une sur douze pour l'alcool. Ces chiffres expliquent certainement pourquoi le tapage fait autour de la métamphétamine agace certains membres du gouvernement Bush. Un porte-parole de l'Office of National Drug Control Policy, rattaché directement à la Maison-Blanche, s'est plaint auprès de Newsweek de ce que beaucoup "crient au loup parce que c'est la nouvelle *drogue* à la mode".

Le combat contre le crystal repose principalement sur deux stratégies : démanteler les laboratoires artisanaux et restreindre la vente libre des médicaments à partir desquels on peut fabriquer cette drogue. Aucune de ces approches n'est très concluante. Si des mesures sont prises contre la production de métamphétamine aux Etats-Unis, ceux qui en consomment chercheront des fournisseurs ailleurs. La moitié du crystal consommé aux Etats-Unis vient déjà du Mexique. Peut-on réduire la consommation de drogue avec des contrôles plus stricts ? Probablement pas. En Oklahoma, depuis le vote de la loi exigeant une ordonnance pour les médicaments contenant de la pseudoéphédrine, le nombre de laboratoires artisanaux a chuté de 90 %. Il ne s'agit malheureusement que d'une victoire relative. Loin de revenir sur le droit chemin, les toxicomanes se sont tournés vers le crystal introduit en fraude depuis le Mexique. "Notre problème n'a pas disparu", a déclaré à l'Associated Press le lieutenant Tom Terhune, de la police d'Oklahoma City. "Ce qui a disparu, ce sont les laboratoires de crystal."


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