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Les jeunes, l'alcool et le marketing.

Des méthodes de vente d'alcool auprès des jeunes de plus en plus accrocheuses...

Source : Revue de presse de la MILDT du 31/01/2006

 

60 MILLIONS DE CONSOMMATEURS publie un long dossier sur « l'alcool et les jeunes ». D'après le mensuel « les jeunes sont la cible de choix des fabricants d'alcool. Les nouvelles boissons sont conçues pour séduire un public de plus en plus jeune et féminin » et « Parrainant les fêtes, les alcooliers déploient toutes leurs armes marketing pour accroître leur clientèle. Au mépris de la loi ».
Le journal qui souligne le goût des jeunes pour la vodka, rapporte que selon le site internet de la Fédération française des spiritueux, les ventes de cet alcool ont augmenté de 10% et que « les jeunes disent yes aux YAS » (young adult spirit, ou spiritueux pour jeunes adultes). Affirmant que les jeunes français sont devenus adeptes du « binge drinking » c'est à dire de boire très rapidement assez d'alcool pour trouver l'ivresse, le journal précise que selon le rapport sur l'alcoolisme d'Hervé Chabalier ils consomment aussi du cannabis au cours de ces soirées, « un des facteurs d'aggravation du risque accidentel des jeunes ». Le magazine qui note que des « prémix », très sucrés pour cacher le goût de l'alcool, ont également été inventés pour séduire les jeunes, observe aussi que des bières allégées et aromatisées ont été créées à destination des filles avec cette précision que les alcooliers qui jouent en permanence sur l'attrait des jeunes pour la nouveauté « ne lésinent pas pour mettre leurs produits à disposition par le biais d'animations ou de partenariats ... pourtant interdits ! ».

A noter un point sur « toutes ces boissons qui ciblent les jeunes ». Evoquant les prémix avec un goût sucré, une présentation en canette et des prix bas qui en « faisaient des boissons faciles à boire », et dont les ventes ont plus que doublé entre 1995 et 1996, le journal rappelle qu'un amendement a été adopté fin 1996 pour instaurer une taxe les concernant. Soulignant que cette « levée de boucliers a fait battre en retraite les alcooliers et les distributeurs », le mensuel note que deux ans plus tard le dispositif, jugé discriminatoire par le conseil d'Etat et la commission européenne, a été modifié avec une taxe maintenue mais une révision de la définition des boissons aux quelles la taxe s'appliquait. Le magazine qui indique qu'ensuite ce sont les bières fortes qui ont été visées par un amendement augmentant la taxation, précise que le gouvernement a toutefois reculé risquant d'être accusé de protectionnisme. Evoquant enfin les « malternatives » boissons à base de malt qui sont apparues dans les supermarchés en 2003, le journal souligne que selon un responsable du groupe Auchan « ces produits ont réalisé un décollage faramineux » ce qui a incité à l'adoption d'une nouvelle taxe entrée en vigueur en janvier 2005 et qui « semble avoir été efficace ». Observant que la chute des ventes a été de 40% mais que pour y échapper les alcooliers ont revu leur recette avec les « vinipop », à base de vin aromatisé, le journal souligne qu'ainsi on trouve des boissons dont les teneurs en sucre dépassent les 35 grammes/litre mais qui ne sont pas taxées puisque le vin est exclu de la taxe.

En encart le député Yves Bur, à l'origine de l'adoption de la taxe sur les cocktails à base d'alcool, observe que les volumes de vente sont en baisse de 40% sur les six derniers mois mais qu'il faut rester vigilant car les alcooliers « continueront leurs actions marketing » avec de «  nouvelles formules de boissons (...) élaborées pour contourner la législation et séduire un jeune public, notamment en utilisant une base de vin  ». Et il avertit « je travaille dès à présent aux adaptations législatives qui s'avèreraient nécessaires  ».

A noter, une analyse de 16 prémix, dont pour certains le degré d'alcool peut dépasser 7°, et dont la « composition curieuse mélange faux sucre, arômes, colorants et acidifiants », mais aussi l'analyse de 14 bières titrant de 7 à 14° et qui « dans le cadre d'une consommation de « défonce » (...) sont devenues une boisson de prédilection des garçons buveurs réguliers ».

« Les alcooliers font la fête » titre également le magazine qui relève que « soirées étudiantes, Open bar, concerts, galas de grandes écoles » sont « un vivier pour les fabricants d'alcool qui profitent de toutes les fêtes prisées par les jeunes pour se constituer une clientèle d'avenir » avec un « marketing insidieux (qui) vise à faire passer de l'initiation à la dépendance ». Evocation d'une soirée Open bar au Batofar à Paris où l'entrée est à 20 euros. Un jeune homme en bac pro à Cergy, qui vient de vider son dixième cocktail, explique rechercher ces soirées « car elle sont très rentables ». Commentaire du mensuel « au tarif habituel, il serait déjà délesté de 80 euros ». Affirmant que ce concept répond à un nouveau type de consommation : "la défonce", le magazine explique qu'il ne s'agit pas d'un « phénomène marginal mais d'une réalité structurelle » car « l'alcool avec le soutien des alcooliers est omniprésent dans l'univers des jeunes ». Le journal qui mentionne les opérations dans les discothèques avec des alcools à prix réduits, évoque aussi les opérations promotionnelles avec parkas aux couleurs de la marque offerts aux clients et gogo danseuses. Indiquant que, les étudiants sont une cible de choix, 60 millions de consommateurs fait état des pratiques en cours dans une école de commerce de Tours où le bureau des élèves entretient de « bonnes relations « commerciales » (...) avec les alcooliers » afin d'organiser Open bar, soirées d'intégration, journées d'élections au bureau des élèves. Pourtant, affirme la revue, « la loi est claire «  toute opération de parrainage est interdite lorsqu'elle a pour objet la propagande directe ou indirecte en faveur des boissons alcoolisées » et le ministère de la santé explique pour sa part « par conséquent (...) les opérations des alcooliers dans les fêtes étudiantes (...) sont interdites par la loi ». Assurant, que du côté des alcooliers « la langue de bois est de rigueur », le magazine cite la responsable de la communication d'Heineken : il arrive au groupe « de participer à certaines manifestations (...) mais nous ne sommes jamais partenaires de soirées Open bar et nous demandons toujours que soient disposées des affiches Entreprise et Prévention prônant la modération. Par ailleurs la cible jeune n'est pas notre priorité ». D'après le mensuel, ces propos sont en « totale contradiction » avec ceux du directeur du Batofar « Sur ce type de soirée nous faisons appel à nos partenaires habituels pour nous aider en terme de produits, en échange d'une visibilité publicitaire. Pour la soirée Open bar une bouteille de Desperados sur trois était offerte par Heineken  ». Evoquant les logos d'autres marques visibles dans la soirée et commercialisées par Pernod Ricard, le journal souligne qu'au groupe il a été affirmé que ce choix relevait de l'organisateur, lequel était « catégorique » « Pernod Ricard était aussi partenaire de la soirée, une bouteille sur trois environ étant prise en charge par l'alcoolier ». D'après la revue, tous les alcooliers « clament leur adhésion à l'association Entreprise et Prévention » qui regroupe les principales entreprises du secteur et « se contente essentiellement d'envoyer des kits sur le thème de la modération et de l'alcool au volant ». Un responsable de l'association Avenir et santé affirme «  les alcooliers ont compris l'impact du discours de prévention concernant les accidents de la route en termes de communication » ce qui pour le journal signifie « faire baisser les chiffres des accidents : oui, faire baisser la consommation : non ». Conclusion sur les écoles qui ont banni le partenariat avec les alcooliers et interdit les soirées Open bar, sachant que selon une étude « seules 6% des écoles interrogées ont décrété la suppression du soutien financier des alcooliers ».

Un article aussi sur « les dégâts de la défonce » sachant que l'alcool accroît considérablement les accidents de la route d'autant qu'il est souvent associé au cannabis et qu'il « multiplie aussi les actes violents avec les conséquences sociales que cela entraîne ». Un point sur la campagne « celui qui conduit c'est celui qui ne boit pas  » prolongée par celle qui met en scène un conducteur baptisé «  Sam  » par la sécurité routière. Rappelant que les accidents de la route sont la première cause de mortalité des 18-24 ans qui représentent 21% des tués et 9% de la population, le magazine développe les chiffres des accidents provoqués par l'alcool, pour préciser que deux autres caractéristiques augmentent le risque d'accidents, le fait que les jeunes boivent souvent dans plusieurs endroits, ce qui implique des déplacements, mais aussi le fait qu'ils consomment du cannabis dans ces soirées puisque seuls 17% des jeunes sont abstinents des deux produits, sachant que selon une étude publiée au British Medical Journal « la consommation de cannabis constitue un vrai facteur de risque avec un effet dose significatif » même si le risque d'accident mortel est « significativement inférieur à (celui) associé à une alcoolémie positive ». Pourtant, selon le magazine, « il n'y a pas que les accidents de la route » et on sait même que certains jeunes « peuvent se laisser aller, au point paraît-il d'utiliser les éthylotests pour faire des concours ». 60 Millions de consommateurs qui relève que le Dr Craplet est critique envers « l'approche restreinte » du conducteur désigné, précise que pour lui on ne peut pas se contenter d'une politique de réduction du risque routier car l'alcool est aussi retrouvé dans «  les situations telles que bagarres ou rapports sexuels non désirés » sachant de plus que la consommation d'alcool peut également conduire à l'alcoolisme.



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