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Suisse : La rave-party, espèce en voie d'extinction

Les grands rassemblements techno disparaissent en Suisse. Surtout à Genève...

Source : http://www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/culture/detail_culture/(contenu)/181077
Date: 12/01/2008

«Je n'ai jamais vu pire!». Léonard, 26 ans, raver de longue date, est encore scandalisé par la soirée techno du Nouvel-An qu'il a passé à Beaulieu. «Le son était mauvais et la décoration absente, mis à part deux ou trois guirlandes». Bagarres, interventions musclées de la police, vols, organisation jugée déplorable: les noctambules sont repartis excédés.

Pour de nombreux adeptes, ce fiasco ne fait que confirmer la dégradation des raves-party en Suisse. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: alors que plus d'une dizaine de raves par an étaient organisées à la fin des années 90, il n'en subsiste aujourd'hui que trois par année à Zurich et Bâle. Et à Genève? Plus rien.

Qui plus est, les seules manifestations ayant survécu sont bien souvent boudées par les adeptes, qui dénoncent leur qualité de plus en plus médiocre. «Les salles sont petites, il n'y a plus d'effort mis sur le visuel, les lumières ou le son. On est obligé de se délocaliser en Hollande, seul pays où des raves aussi bondées qu'un concert des Rolling Stones sont organisées!», déplore Marie, Genevoise de 23 ans, dont la première soirée remonte à 1997.

Même les infrastructures s'avèrent parfois insuffisantes. «Lors la dernière rave qui a eu lieu à Dietlikon il y a trois ans, il n'y avait que deux toilettes pour plusieurs milliers de filles!», raconte Julie, 25 ans.

Du coup, l'engouement tel qu'il pouvait exister il y a dix ans s'est peu à peu effondré. «Avant, le soir d'une rave, les wagons étaient bondés de jeunes. Aujourd'hui, les trains sont vides. On se déplace à quatre ou cinq, pas plus», regrette Jennifer, 26 ans.

Passé de mode

A Genève, la dernière rave a eu lieu en 2001 à Palexpo. «Il n'y a plus le public pour ces grands rassemblements, ni les salles appropriées pour les y accueillir», estime Christian Kupferschmid, patron de la Lake Parade. «Les deux raves organisées à Palexpo début 2000 ont coûté cher et n'étaient pas remplies. Si on créait à nouveau un grand événement techno, on n'arriverait pas à réunir plus de 2000 personnes!»

Alvaro Arias, DJ et organisateur des raves de Palexpo, estime que la faute revient à «la mentalité genevoise»: «Alors qu'ils payent quatre-vingts francs l'entrée pour une fête à Zurich, les Genevois ne veulent pas mettre ce prix lorsqu'ils sont chez eux.»

Selon la plupart des promoteurs suisses de ce type de soirées, plusieurs facteurs culturels expliquent cette dégringolade. A commencer par l'évolution des goûts musicaux, désormais plus éclectiques. «Aujourd'hui, les jeunes écoutent autant de la musique électronique que du hip-hop, alors que dans les années 90 les deux styles étaient très démarqués», explique Arnold Meyer, organisateur d'Energy, rave qui a lieu chaque année après la Street Parade de Zurich. Aujourd'hui, la mode est donc moins à l'esprit «techno» pur tel qu'il pouvait exister il y a dix ans. Beaucoup d'adeptes sont passés à autre chose, préférant varier les styles.

La Lake Parade reflète bien ce changement. «A la base très tournée vers la techno, la manifestation genevoise est devenue populaire», explique Christian Kupferschmid. Effectivement, les camions de la parade sont aujourd'hui également dédiés à la disco, à la musique latino ou au hip-hop.

Aucun avenir

Dernier point, qui nous rappelle que le temps passe aussi pour les fêtards: «Les ravers ont vieilli», ajoute Arnold Meyer. «Les clubs et les festivals ont pris le relais dans leurs loisirs.»

Et à l'avenir? Selon les organisateurs, aucune chance que le mouvement rave ne renaisse. Le marché n'est plus là et la plupart des organisations ont mis la clé sous le paillasson. Arnold Meyer de conclure: «Avec la baisse de la demande, beaucoup de promoteurs ont fait un fiasco et ont bien vite décidé de tout arrêter. Désormais, les petits événements continueront d'exister, avec seulement de temps en temps, une rave-party.»



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