Communiqué de presse de rendu du rapport parlementaire
Le Député Jean-Louis DUMONT vient
de rendre son rapport sur les grands rassemblements festifs techno, les
raves, les free parties et les teknivals.
Ce rapport lui a été commandé par le Premier ministre François Fillon,
à la demande du ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie. Résultat
d'une mission de six mois, il se compose d'une étude sociologique de ce
milieu et de neuf propositions pour favoriser l'acceptation de cette
culture musicale dans notre pays. Il décrit les mécanismes de
solidarité, les compétences techniques et logistiques ainsi que les
organisations humaines à l'ceuvre dans ces fêtes trop souvent et trop
injustement stigmatisées par des visions et des propos caricaturaux.
Ce
sont des lieux d'effervescence, de socialisation et de production
artistique. Si certaines dérives regrettables comme l'usage de
stupéfiants y sont, comme ailleurs dans la société française,
présentes, ce milieu a su mieux que d'autres produire des garde-fous,
générer des stratégies de réduction des risques et s'entourer
d'associations de santé communautaire visant à informer et à protéger
ceux qui pourraient être tentés par ces comportements à risques.
Prenant partie pour une ouverture de la société et de ses institutions
à cette culture juvénile, le rapport propose des lieux et des temps de
communication et de dialogue pour mettre chacune des parties en face de
ses devoirs de responsabilité, de citoyenneté et de tolérance.
Auteur : Jean-Louis Dumont, Député de la Meuse.
jean-louis.dumont@wanadoo.fr
03 29 84 85 55
Accompagnement scientifique : Lionel Pourtau, sociologue (CEAQ-Sorbonne).
lp@ceaq-sorbonne.org
06 66 21 61 11
{mospagebreak titre=Les 9 propositions du rapport}
Les 9 propositions du rapport
1/ Sélectionner et viabiliser une
quinzaine de terrains permettant les grands rassemblements de
personnes
Toute notre enquête nous pousse à
mettre la question des terrains au coeur de la problématique.
En même temps, cette question des terrains est une ligne qui
dépasse notre question pour rejoindre celles de tous les
grands rassemblements populaires. Il semble que les pratiques
festives en grande foule soit une tendance lourde des sociabilités
contemporaines. Au-delà du fond, les formes se ressemblent :
Teknival, rassemblements de gens du voyage, rassemblement de motards,
de caravaning, jamborees scouts, JMJ, tuning festivals, autant de
festivités où des dizaines, voire des centaines de
milliers de personnes communient, au sens étymologique le plus
large, ensemble autour de la musique, de la foi, du sport.
Dans tous les cas, les grands terrains
nécessaires à ces rassemblements manquent. Ils manquent
aussi pour une toute autre famille de raisons. A l'aube d'un
XXIème siècle inquiétant, nous nous devons de
prévoir des espaces de regroupement stratégique pour de
larges populations en cas de catastrophes naturelles, d'accidents
industriels (type AZF), ou de terrorisme de masse.
Pour des raisons de sécurité,
il est indispensable d'avoir des terrains de plusieurs dizaines
d'hectares, stabilisés, viabilisés pour recevoir
facilement et pour quelques jours des véhicules, de l'eau et
des villages de tentes. Les accès doivent aussi être
sécurisés Il faut profiter de la vaste opération
de réorganisation foncière de l'Etat pour en
sélectionner parmi ceux que le ministère de la Défense
va céder. Mais selon les cas et les circonstances, on pourrait
aussi s'appuyer sur les établissements publics fonciers ou
la SAFER.
Deux terrains pour trois régions
administratives, cela nous semble être la bonne proportion,
soit une quinzaine pour le territoire national. Ces terrains
deviendraient la propriété des conseils régionaux
mais l'Etat, en les cédant les frapperait d'une servitude,
l'obligation de les mettre à disposition gratuitement tous
les trois ans pour un grand rassemblement.
Le nombre de terrains permettra une
rotation triennale afin d'alléger les nuisances, sonores ou
autres, qui peuvent y être liées. La constitution d'un
cahier des charges précis couvrant les conséquences et
les engagements de l'Etat par rapport aux communes dont ils font
partie et aux riverains permettrait de rassurer chacun des acteurs.
L'étude des coûts des
teknivals montre que l'essentiel provient de la viabilisation des
terrains. Si ceux-ci étaient choisis et viabilisés une
fois pour toutes et pour tous les usages cités ci-dessus, le
coût de ces rassemblements serait significativement réduit
pour l'Etat.
2/ Monter le plancher de déclenchement
de l'article 53 de la LSQ à 900 personnes
Le décret d'application du 2
mai 2002 prévoyait pour qu'il y ait une déclaration,
un seuil minimum de 250 personnes. Ce seuil a été
remonté à 500 en 2006 par le décret 2006- 334.
Aucun problème au maintien de l'ordre spécifique à
ce nouveau seuil n'a été rapporté. Pourtant en
2007, seuls cinq free parties ont été autorisées.
Cela montre à quel point la stigmatisation rend difficile ce
qui ne devait être dans la lettre qu'un régime
déclaratif. Nous proposons de monter ce seuil à 900
pour une durée probatoire de 5 ans.
Ces cinq années permettraient de
vérifier si des rassemblements de 900 personnes ou moins
pendant une dizaine d'heures nécessitent forcément
d'enclencher des procédures administratives qui semblent
avoir jusqu'ici du mal à fonctionner correctement, c'est à
dire en n'étant un simple outil d'interdiction, ce qui
n'était officiellement pas la volonté du législateur.
De plus ces cinq années
permettraient de réviser les applications de la loi pour les
rassemblements de taille moyenne (plus de 900 personnes) afin que le
taux d'acception soit accru, et ce sans que la culture technoïde
ne soit étouffée.
Rappelons que, même sans
déclaration, les free parties restent soumises à toutes
les autres législations régulant les droits du travail,
de la musique, de la propriété ou de la santé
publique. Toutes les infractions à la loi pourront donc être
poursuivies et condamnées avec la même facilité.
3/ Créer un calendrier annuel des
teknivals
Si les teknivals sont des festivals qui
ne fonctionnent pas selon les critères classiques des
entreprises de spectacle et des festivals à vocation
commerciale, ils ne doivent cependant pas faire ombrage à ces
derniers. Si les Sound Systems font le choix de proposer des
spectacles et des concerts sans souhaiter en vivre financièrement,
ce choix ne doit pas handicaper ceux qui ont fait celui de la
professionnalisation. Les deux événements n'ont pas
la même temporalité en termes de préparation. Les
festivals marchands nécessitent des investissements qui
prennent racine des mois voire une année avant le spectacle.
Si quelques jours auparavant, un teknival gratuit s'installe pour
la même date à quelques kilomètres de là,
cela peut leur causer un tort financier.
En fixant à l'avance les
dates, les régions ou les zones de défense des quatre
teknivals annuels (différents des free parties multisons), les
festivals commerciaux pourront éviter que leurs événements
soient proches, dans le temps ou l'espace des teknivals.
Traditionnellement, le premier teknival
de l'année à lieu lors du Week-end du 1er mai. Le
deuxième a lieu au début de l'été, le
troisième à la fin de l'été, le
quatrième au début du mois de décembre. On
essaiera d'éviter la période 14 juillet/15 août
qui sollicite beaucoup les forces de maintien de l'ordre.
La région ou, à défaut,
la zone de défense sera connue un an à l'avance. On
évitera d'installer un teknival dans le même mois et
dans le même département qu'un festival commercial
techno qui a aussi une date et un département fixe (exemple :
Nordik Impact à Caen chaque année en novembre).
4/ Créer un cadre souple de
musicien amateur
Si notre pays a depuis longtemps
organisé et pensé le sport amateur, rien de tel
n'existe pour la pratique de la musique en amateur. Des clubs, des
stades, des fédérations permettent à tous ceux
qui veulent faire du sport sans devenir professionnels, sans vouloir
en retirer des subsides, de s'adonner à leurs pratiques.
Or dans le cas de la musique, le prisme
premier est celui d'une pratique rémunérée.
D'où la présomption de
salariat. Derrière ce positionnement se cache la peur des
musiciens professionnels d'être mis en concurrence avec des
musiciens amateurs prêts à jouer gratuitement. Cette
perception de la part des professionnels est selon nous une erreur
d'appréciation. Plus la pratique amateur de la musique sera
dense, plus elle indiquera une population impliquée dans la
musique et plus le nombre de ceux qui feront le choix de la
professionnalisation sera grand. Et plus ils auront face à eux
un public formé, prêt à aller dans leur concert,
à acheter leur disques.
On peut être un musicien,
composer et jouer en public sans vouloir devenir un professionnel,
sans vouloir en vivre financièrement. La création d'un
statut de musicien amateur permettrait de ne pas être soumis
aux réglementations qui ont pour objectif de taxer l'activité
économique.
Dans le cas des free parties et des
teknivals, on posera a priori le fait que les musiciens répondent
à ce cadre. Il y aura donc présomption de pratique
amateur.
Le critère de non-lucrativité
tel qu'il est proposé par la DMDTS dans l'avant-projet de
loi sur le cadre de musicien amateur de février 2007 nous
semble un socle solide de travail. Il a l'avantage de s'appuyer
sur le droit du travail et non sur le droit fiscal. Ceci dit, la non
lucrativité est décidée par recoupement d'un
faisceau d'éléments. Or étant donné la
stigmatisation de la pratique des free parties, il est à
craindre que le faisceau d'éléments soit
instrumentalisé à charge. Il faudra donc que les
décisions de lucrativité ou de non-lucrativité
soient répertoriées au niveau national afin que la
ventilation des décisions nous permette à moyen terme
d'évaluer les applications de la loi.
5/ Favoriser la circulation et la
rencontre entre musiciens amateurs et professionnels
La création d'un cadre de
musicien amateur ne doit pas entraîner la création d'un
ghetto.
- Le cadre de musicien amateur peut,
sans que ce soit un objectif en soi, être une passerelle vers
le statut professionnel.
- Des musiciens amateurs et
professionnels doivent pouvoir coexister sur une même scène,
dans un même événement.
Le projet de loi sur le musicien
amateur doit prévoir en effet qu'un spectacle puisse être
présenté au public dans un cadre lucratif avec la
participation d'amateurs sans que leur prestation fasse l'objet de
contrats de travail, à condition que le spectacle considéré
donne lieu à un nombre limité de représentations,
dans des conditions qui seront précisées par décret.
Cette disposition, en fixant clairement à la fois les
objectifs visés et le principe d'une limitation des
possibilités de diffusion de ces spectacles, impose un choix
clair aux entrepreneurs de spectacles, assure une information sincère
au public, tout en offrant aux amateurs la possibilité de
valoriser pleinement leur activité artistique et de l'enrichir
par la collaboration avec les artistes professionnels.
De plus, il faudrait que les
compositeurs aient le choix, pour chacune de leurs oeuvres de les
déposer ou pas à la SACEM, pour chacun de leur concert
d'utiliser ou pas des morceaux déposés à la
SACEM. A partir de là, on ne peut pas imposer des dispositifs
de présomption d'interprétation de musique déposée
à la SACEM.
6/ Renforcer les structures de dialogue
entre les organisateurs et les institutions
Les free parties et les teknivals,
avant de développer leurs valeurs propres, sont nés des
difficultés de la musique électronique à exister
dans les lieux classiques d'audition et de représentation
des musiques populaires.
Nos multiples rencontres avec les
acteurs institutionnels montrent la volonté de ceux-ci d'avoir
des interlocuteurs du côté des Sound Systems, que ce
soit pour les free parties ou pour les teknivals. Il s'agit donc de
trouver un dispositif « gagnant/gagnant » permettant de
rencontrer puis de responsabiliser les organisateurs de free parties.
Nous proposons de confier au niveau
départemental ce dialogue côté Etat à la
direction de la jeunesse et des sports. Elle possède plusieurs
qualités :
- Les Sound Systems sont pour la
majorité dans la tranche d'âge avec laquelle elle est
habituée à traiter.
- Le ministère de la jeunesse et
des sports est aussi celui de la vie associative, vie associative
dans laquelle rentrent les Sound Systems comme les free parties, ne
fût-ce que de façon informelle.
- Son rôle dans le sport amateur
lui permet de saisir au mieux les thématiques de la musique
amateur, peut-être mieux que le ministère de la Culture.
En effet, comme le reconnaissait avec justesse, et en le regrettant,
un ancien ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, le ministère
de la Culture est hélas trop souvent le ministère des
professionnels de la Culture.
L'exercice pratique permettant cette
connexion et cette rencontre pourrait être le suivant : On a vu
que la loi fonctionne à peu près correctement pour les
rassemblements de moins de 500 personnes et pour les teknivals mais
qu'il y a un manque de faisabilité pour les événements
intermédiaires, d'une durée d'une nuit pour
quelques milliers de personnes. La direction départementale de
la jeunesse et des sports pourrait s'engager, avec l'appui de la
préfecture et des DRAC, à faciliter au moins un
événement de ce format dans son département par
an. A cette fin, elle organiserait des rencontres voire des
formations avec les Sound Systems de son département.
On peut même imaginer qu'en
échange, ceux-ci s'engageraient à participer à
la médiation lors d'un teknival auquel ils participeraient.
Cet organisme pourrait aussi recenser
les autorisations et les refus de rassemblements soumis à
l'article 53 de la LSQ et vérifier qu'il y a une
ventilation correcte entre autorisations et refus.
[NdT+ : Lors de son enquête parlementaire, Jean-Louis Dumont a consulté les associations de santé qui interviennent habituellement en teufs. Techno+ y représentait l'Association National de Prévention et de Réduction des risques en Espaces Festifs. Avec les missions rave de Médecins du Monde nous nous sommes mis d'accord sur les 2 propositions suivantes inclues dans le rapport parlementaire.]
7/ Renforcer
les capacités d'intervention des acteurs sanitaires et
sociaux non gouvernementaux
Un
monde sans drogue n'existe pas. Le milieu festif techno free ne
fait pas exception à cette constatation et l'on y observe
des consommations de produits psychoactifs licites et illicites,
problématiques ou non. Ce milieu a très tôt pris
conscience des risques associés à ces pratiques et est
un des rares, si ce n'est le seul, à avoir soutenu la
création d'associations de santé communautaire comme
Techno+ et toutes celles réunies dans l'Association Nationale
de Prévention et de Réduction des risques en Espaces
Festifs (ANPREF) et la venue d'association humanitaire comme
Médecins du Monde. Celles-ci font un travail indispensable que
les dispositifs de droit commun (Croix-rouge, SDIS) ne peuvent
accomplir avec la même facilité car celles-là
sont culturellement intégrés dans le milieu techno.
Au-delà de
cette fonction sanitaire, les associations de santé
communautaire sont aussi un intermédiaire formel utile avec un
milieu culturel essentiellement informel.
Pour toutes ces
raisons, les acteurs sanitaires et sociaux non gouvernementaux
doivent être soutenus, leurs capacités d'intervention
renforcées.
Le
soutien financier de l'Etat favorise la reconnaissance sociale de
l'acteur. La plupart de ces associations possèdent des
subventions publiques via des conventions annuelles. Leur situation
est donc très précaire.
Or
la loi de santé sur la RdR institue seulement des CAARUD qui
sont des établissements médico-sociaux de proximité
portés sur le suivi, voire le soin des usagers alors que les
dispositifs festifs effectuent des actions ponctuelles localisées
dans un but d'éducation à la santé et de
réduction des risques immédiats (gestion de crise). De
plus pour devenir un CAARUD, il faut avoir un accueil fixe ce qui
n'est pas pertinent pour les dispositifs spécialisés
uniquement sur l'intervention festive qui sont de fait mobiles
L'association Techno+
par exemple, qui est l'une des plus importantes association de santé
communautaire du milieu techno, parce que ces interventions sont
strictement mobiles, sans centre de soins fixe, ne peut bénéficier
des financements et de la reconnaissance dont jouit un CAARUD.
Nous
proposons que les dispositifs de réductions des risques liés
aux pratiques festives et notamment ceux agissant dans le cadre de
la santé communautaire puissent bénéficier d'un
statut simple, pérenne, reconnu et adapté aux
spécificités de ce genre d'intervention. Ce statut
pourrait s'inspirer de ceux déjà existants des Comité
d'Education à la Santé du ministère de la santé
ou bien des Centre d'information Jeunesse du ministère de la
jeunesse et des Sports..
Les
associations sans moyens financiers stables ne durent pas. Certes,
celles qui disparaissent sont le plus souvent remplacées. Mais
à chaque fois, on constate une perte des réseaux, des
compétences et des expériences individuelles et
collectives. Cela passe par la structuration et la pérennisation
des acteurs sanitaires et sociaux non gouvernementaux.
8/ Développer
les outils des
associations de réduction des risques
Inclusion
fonctionnelle des dispositifs de santé communautaire dans
l'organisation des dispositifs de soin lors des teknivals.
Au
plan national, les associations de santé communautaire seront
inclues dans les réunions d'organisation des teknivals.
Au
plan local, elles seront inclues dans toutes les réunions
visant à préparer les dispositifs sanitaires du
teknival : avant, lors du montage des dispositifs ;
pendant, lors des points quotidiens ; et après, lors des
réunions de débriefing.
Si l'objectif numéro 1 est
évidemment la protection des personnes, notons que la
connaissance des situations sanitaires propres au milieu techno
permet de limiter le recours aux évacuations sanitaires dont
l'utilité n'est pas toujours prouvé et dont le coût
est élevé.
Reprise de la reconnaissance
présomptive de produits (RPP) associé à un
dispositif global d'analyse de drogues dans le cadre d'une
démarche évaluative (RPP appelé aussi test du
marquis ou testing).
Cet outil a été toléré
sans cadre législatif particulier jusqu'au printemps 2005
(14 avril 2005) puis interdit par décret sous prétexte
d'une faiblesse analytique. On peut s'étonner que cette
interdiction ne soit le résultat d'aucune étude, ni
d'aucune évaluation. Ce test est pratiqué et parfois
légalisé dans la plupart des pays européens,
seuls le Royaume-Uni et l'Italie l'ont interdit [pas dans toute
les régions à ma connaissance].
Or la RPP est toujours revendiquée
et demandée par les usagers. Par ailleurs, les acteurs
sanitaires et de la réduction des risques considèrent
que c'est un indispensable outil de dialogue avec les usagers et
reste le seul outil susceptible d'intervenir avant la consommation.
Ils n'ont jamais réussi à faire reconnaître
cette pratique dans son modèle de "counselling",
c'est-à-dire comme une entrée en matière ou un
déclencheur d'un dialogue, libre et sans jugement, pendant
lequel l'usager peut exprimer sa situation et ses questions en
matière de drogues et où, en retour, l'intervenant peut
délivrer des messages de réduction des risques adaptés
(au degré de connaissance des produits, aux capacités
d'écoute et de responsabilisation de l'usager).
Nous proposons donc de reprendre la
pratique de la RPP associé à un dispositif global
d'analyse de drogues dans le cadre d'une démarche
évaluative, dans différentes régions et dans
différents contextes (festif / non festif) et ce sur une
période de 3 ans.
Une évaluation sera donc
engagée et devra porter sur l'ensemble du dispositif et de
ses composantes Nous proposons que cette évaluation soit
pilotée par l'Association Française de Réduction
des risques (AFR) et l'Observatoire Français des Drogues et
des Toxicomanies (OFDT) et réalisé par des chercheurs
indépendants. Le résultat de l'évaluation
indiquera si la législation actuelle devra être modifiée
ou maintenue.
Accès aux outils de
prévention routière dans un but préventif
Alors que l'accès
aux éthylotests à visée d'auto-évaluation
des conducteurs se généralise, il faut encore renforcer
leur diffusion dans les manifestation techno par le biais des acteurs
sanitaires sur place.
De même, les outils
en devenir comme les tests de stupéfiant (salivaires ou autre)
ne doivent pas être cantonné à une utilisation
répressive par les forces de l'ordre mais également en
amont des prises de risques de façon préventive. En
effet de tels outils, comme l'éthylotest, ont un fort
potentiel pédagogique auprès des (jeunes) conducteurs
sur les effets et la durée d'action des produits consommés
et leur dangerosité en cas de conduite d'un véhicule.
Pour cela les dispositifs
de réductions des risques liés aux pratiques festives
doivent être associés pour ce volet préventif aux
expérimentations en cours et pouvoir s'en procurer aisément
pour leur action de prévention en cas de généralisation.
9/ Former les personnels de l'Etat aux
stratégies d'accompagnement des fêtes techno et de la
réduction des risques
Le choix fait par l'Etat d'autoriser
et d'encadrer les teknivals est le bon. Ceci posé, après
des années de stigmatisation, il ne rencontre pas l'adhésion
profonde de tous les acteurs ayant à leur charge la réussite.
On observe une hausse des coûts
des teknivals alors que la population ne cesse de baisser. Nous avons
plus haut expliqué que la première cause de cette
hausse est la viabilisation du terrain. Nous avions une autre
hypothèse pour la hausse des coûts. Celle d'y voir une
forme sourde de contestation de la stratégie de l'Etat sur
ce dossier par les fonctionnaires territoriaux ou préfectoraux
eux-mêmes.
Cette hypothèse ne nous a été
démentie qu'à demi-mots par certains hauts
fonctionnaires, tant du corps préfectoral que de la
gendarmerie. Pour citer un préfet : « Les agents de la
politique de l'Etat « ne sont pas des soldats de plombs que
l'on sort puis que l'on remet dans une boîte ».
Autre exemple de difficultés,
les politiques de réduction des risques et certains de ses
outils comme le test de reconnaissance présomptive de
produits. L'hostilité des gendarmes à son égard
a joué dans son interdiction en 2006. Puisque ces stratégies
de réduction des risques sont entrées dans la loi
depuis 2004, nous devons sensibiliser les acteurs administratifs aux
politiques de réduction des risques et expliquer ses outils.
Très en amont, les séminaires
du réseau des Ecoles de Service Public (dontfont partie:
Centre d'enseignement supérieur de la gendarmerie, Ecole des
hautes études en santé publique, Ecole des officiers de
la gendarmerie nationale, Ecoles nationales d'application des cadres
territoriaux, Ecole nationale de la magistrature, Ecole nationale
supérieure de la police) pourraient être un socle à
cette formation, sur un plan général, historique et
sociologique. Mais puisqu'on sait que tous les départements
ont vocation à recevoir des fêtes techno, free parties
ou teknivals, pourquoi ne pas imaginer une demi-journée ou une
journée sur ces stratégies innovantes et donc assez
déstabilisatrices par rapport aux mentalités et aux
habitudes, pour les présenter, pour les expliquer, cette fois
de façon beaucoup plus pratique et concrète. Pourraient
y participer les associations de RDR et de santé
communautaire. On pourrait ainsi créer un temps/lieu
d'échanges d'expériences.
{mospagebreak titre=La conclusion du rapport}
La conclusion du rapport
A travers la culture
technoïde, nous rencontrons des questionnements ayant à
voir avec la capacité qu'une société à
intégrer la différence et donc l'innovation. C'est
en parfait étranger que je me suis immergé dans cette
culture juvénile. Ce monde fascinant avec ses codes, ses
dérives parfois inquiétantes, mais aussi ses valeurs
propres, doit être accepté et ses dangers doivent être
traités.
C'est un mode de vie
transitoire en segment dominant sur une période. Dans
l'intégration identitaire, la première étape
fut une intégration communautaire qui servit de base à
une construction identitaire personnelle. A la sortie d'une famille
nucléaire insatisfaisante en général et parfois
en particulier, la tribu techno a servi de structure transitoire
offrant à la fois la protection d'un groupe affectif et une
liberté apte à toutes les expériences, en
particulier les plus risquées qui sont celles dont cette
génération a besoin pour se sentir vivre. L'implication
dans cette culture aura été un de ces arts de
l'existence au sens que Foucault donna à cette expression :
« Par là, il faut entendre des pratiques réfléchies
et volontaires par lesquelles les hommes non seulement se fixent des
règles de conduite mais cherchent à se transformer
eux-mêmes, à se modifier dans leur être singulier,
et à faire de leur vie une oeuvre qui porte certaines valeurs
esthétiques et répond à certains critères
de style ».
Les technoïdes
posent quelques problèmes mais surtout des questions.
Sommes-nous
prêts à
accepter qu'ils ne nous ressemblent pas ? Responsabilité
signifie étymologiquement « répondre ».
Comment pouvons-nous demander à ces jeunes gens de prendre
leurs responsabilités si notre seule réponse à
leur aspiration est « Non ». Les législations, les
réglementations doivent être pensées pour que
globalement les événements puissent avoir lieu, le
possible devant être le cas majoritaire, l'impossible le
minoritaire. Encadrer, ce n'est pas interdire. Interdire un
phénomène social en soi est une illusion. C'est aussi
une faute. Si l'on part du fait que les mêmes causes
produisent les mêmes effets, les conduites déviantes ont
toutes les chances de se reproduire traduisant l'absence de
certaines pulsions anthropologiques que la société
actuelle refuse soit totalement (pulsion d'errance), soit à
certaines catégories de la population (innovation et esprit
d'entreprise non marchand aux jeunes classes d'âge). La
répression ne pourra qu'atteindre une forme particulière
à un instant T.
Les efforts dépensés
pour éviter les déviances ou les réprimer
coûtent à la longue beaucoup plus cher que faire une
place aux aspirations qu'elles traduisent.
En se mithridatisant
contre les crises de déviance, une société perd
aussi sa capacité à s'adapter aux modifications
structurelles dont les déviances sont les signes et les
symptômes.
Les Sound Systems
sont la coagulation et la tentative de subversion de plusieurs types
de minorités : Minorité d'âge, minorité
de fonction, minorité de reconnaissance artistique,. C'est
le cumul de toutes ces
minorités qui engendre le repli sur le mont Aventin des
technoïdes qui
fondent une communauté
où ils perçoivent leur rôle, leur utilité,
par rapport à la fête qu'ils inventent, la free
party, le teknival, et par rapport à la population à
laquelle ils l'offrent.
La pratique que la
société a d'annuler tout modèle alternatif a
aussi pour conséquence d'empêcher ce que
l'anthropologue Margaret Mead appelle « la réconciliation
de ses enfants avec l'ajournement de leur maturité ». Car c'est bien de là que vient cette
contestation, de cet ennemi intérieur que nous voyons dans
notre propre jeunesse.
Fille de notre modernité,
baignant dans les technologies de la seconde et de la troisième
révolution industrielle, cette jeunesse est la nôtre.
Elle est le produit de nos choix, de nos erreurs, de nos faiblesses,
de nos forces, de nos espoirs. Comprenons-la, encadrons-la,
accompagnons-la. C'est notre devoir, c'est notre rôle.