Le 2C-B est l'une de ces drogues
de synthèse qui n'a ni odeur, ni couleur spécifique. La plupart du
temps, vendu sous forme de pilule, le 2C-B est confondue par les
consommateurs avec la MDMA. Pourtant, une différence de taille existe
entre les 2 substances : le 2C-B est un hallucinogène mêlant les effets
empathiques de l'ecstasy. Le 2C-B a été aussi jusqu'en 1997 un
aphrodisiaque, un médicament. Les données sur la substance sont encore
pauvres mais face à l'essort des drogues de synthèse, nous avons trouvé
utile de vous informer sur le sujet.
PRESENTATION
Le 2C-B est une poudre cristalline amère, blanche rose pâle soluble
dans l'eau et l'alcool. Cette poudre peut être prisée, mais la forme la
plus communément rencontrée est le comprimé. Souvent blanc, il peut
être décliné en plusieurs couleurs, notamment rouge violacé. Il a
également été décrit des gélules jaunes. Il est rapporté que «les
pilules contiennent habituellement 5mg bien que ceci varie». Dans
certaines boîtes de nuits londoniennes et amstellodamoises, le 2C-B est
vendu sous le nom de « XTC », ce qui prête à confusion avec l'ecstasy.
Toutefois cette dénomination est de plus en plus rare car les usagers
recherchent le 2C-B pour ses effets propres.
Structure chimique
Nom : 2C-B, 4-Bromo-2,5- dimethoxybenzeneethanamine, 4-bromo-2,5-
dimethoxyphenethylamine, BDMPEA, alpha-desmethyl DOB, MFT;
Bromo-Mescaline.
Formule Chimique : C10H14BrNO2
Noms argotiques
2C-B (qui est parfois écrit 2CB ou 2-CB). Ce nom a sans doute été
choisi à cause de la chaîne à deux atomes de carbone attaché au cycle,
donc 2C, avec le B ajouté pour indiquer la présence d'un atome de
brome. En anglais, 2C-B se prononce /'tu :ci :bi:/ ce qui lui a valu le
surnom de "see-bietjies" (« biscuit de la mer ») aux Pays-Bas et "bees"
(« abeilles ») aux USA. L'effet ressenti s'appelant évidemment "to see
bees" (« voir des abeilles »).
On retrouve aussi le 2C-B sous d'autres appélations : After burner,
BDMPEA, Bees, Bromoamphétamine, Eve, Herox ou Erox, MFT, Nexus ou
Nexxus (nom de marque du 2C-B qui était vendu par la compagnie
Drittewelle comme aphrodisiaque), Spectrum, Synergy (du fait de son
usage avec l'ecstasy), Ubulawu Nomathotholo, Venus, Yellow (du fait de
la couleur des premiers comprimés).
HISTOIRE
Le 2C-B est l'une des nombreuses substances psychoactives
synthétisées par le pharmacologue libertaire Dr Alexander Shulgin en
1974 lors de ses recherches sur les analogues du DOB. C'est le 25 Juin
1975, que le caractère psychoactif du 2C-B a été découvert par
Alexander Shulgin. Il le décrivait alors comme « merveilleusement actif
» et publia le premier article scientifique sur le 2C-B.
A la fin des années 1980, aux Etats-unis, le 2C-B fut commercialisé en
remplacement du MDMA (ecstasy) qui avait été classé schedule I en 1985.
C'est au milieu des années 1990 que le 2C-B apparaît en Grande Bretagne.
En Allemagne, et dans plusieurs pays, la compagnie Drittewelle
commercialisait légalement le 2C-B comme aphrodisiaque jusqu'en 1997,
date à laquelle les autorités allemandes interdirent cette substance.
Le nom de marque du 2C-B commercialisé par Drittewelle était Nexus.
L'emballage original des capsules de 10mg de Nexus indiquait que la
cathinine était l'ingrédient principal du Nexus. Il était précisé que
"la cathinine est l'une des nombreuses phénylalkylamines qui ont été
isolées du Khat nord africain (Catha edulis). Les propriétés
stimulantes et empathogènes du khat sont bien connues des peuples
d'Egypte, de Somalie et du Kenya qui, depuis des siècles, ont utilisé
ses feuilles et ses fleurs comme tonique ? de même qu'ils utilisaient
le khat à des fins thérapeutiques [ ... ] ».
En fait, on retrouve dans le khat de nombreux alcaloïdes dont un
parfois appelé cathinine (2,5-diméthoxyphenéthylamine), qui n'est pas
très psychoactif par lui même. Mais le composé bromé en 4, le
4-bromo-2,5-diméthoxyphenéthylamine, c'est à dire le 2C-B présente de
toutes autres propriétés et ce n'est pas un des composants du khat. En
conséquence, le principe actif du Nexus n'est pas extrait du khat.
En Afrique du Sud, c'est encore la firme Drittewelle qui
commercialisait le 2C-B par l'intermédiaire de Inkwazi, une compagnie
de remèdes à base de plantes de Lesotho. Le 2C-B était commercialisé
sous le nom de Ubulawu Nomathotholo (médicament des ancêtres chantant
en Xhosa) pour les « shamans » sud africain, les Sangoma.
En Hollande, le 2C-B était totalement légal jusqu'en Juin-Juillet 1997
quand les autorités allemandes l'interdirent. Il était devenu très
populaire depuis sa commercialisation over-the-counter (c'est à dire
sans ordonnance) par plusieurs compagnies dès 1996. Le 6 janvier 1994,
le 2C-B est temporairement classé Schedule I aux USA et l'est
définitivement en 1995. Il devint illégal en 1997 aux Pays-bas et en
1998 au Japon.
USAGES
Prix
Le 2C-B est souvent vendu au prix de l'ecstasy dans les clubs et
soirées, entre 10 et 30$ la «dose» (habituellement 15-25mg). Acheté en
grandes quantités il est vendu de 200 à 500$ le gramme au détail ou 10
à 300$ le gramme au prix de gros (août 2000).
Doses communément utilisées
La 4-bromo-2,5-diméthoxyphenéthylamine est active chez l'homme à des
doses orales de l'ordre de 0,1 à 0,2 mg/Kg, approximativement un
dixième du pouvoir de leurs homologues à trois carbones. Les doses
utilisées citées sur Internet varient de 5 à 40 mg avec des cas
extrêmes à 100mg.
Seuil 2-5 mg
Légère 5-15 mg
Habituelle 10-25 mg
Forte 20-50 mg
La dose inhalée est en général 1/3 de la dose gobée.
Modes d'utilisation
Habituellement le 2C-B est consommé per os. Le 2C-B peut aussi être
prisé (pour cela les comprimés sont écrasés ou les gélules ouvertes),
mais cette voie d'administration est douloureuse (brûlure). Toutefois,
l'effet ressenti est 2 à 3 fois plus fort que par voie orale (la dose
est donc généralement divisée par 2 à 3) ce qui fait que cette voie est
toujours populaire.
Certains consommateurs préconisent de « verser quelques gouttes d'eau
dans le nez après la prise. Sniffer du baume du tigre ou du Vicks aide
aussi ? mais seulement pendant l'inhalation. De plus, cette voie est
préférée par les consommateurs à la recherche d'expériences intenses et brèves car la montée est plus rapide et la durée plus courte.
Le 2C-B est souvent utilisé en association avec le LSD (appelé aussi A
pour Acide) ou l'ecstasy (appelée aussi E). « Nexus + A produit un trip
très visuel. L'usage habituel avec le LSD est d'en prendre une
demi-dose suivie environ une heure après par le Nexus (10 à 20mg). Ceci
est parfois appelé « Banana split » ». Selon erowid : « Il est agréable
d'utiliser le Nexus avec l'E, soit mélangé soit après ou avant l'E.
Shulgin conseille de prendre le Nexus quand l'E commence à disparaître
».
Effets décrits
Début : 45-75 minutes
Montée : 15-30 minutes
Plateau : 2-3 heures
Descente : 2 heures
Effets résiduels : 2-4 heures
Comme toute substance psychoactive, le 2C-B présente une grande
variabilité interindividuelle d'effet. Qui plus est, il semble que les
effets du 2C-B soient assez complexes, entre le LSD et la MDMA,
présentant des aspects hallucinogènes, lucidogènes, entactogènes, voire
stimulants. De plus, sa présence récente sur la scène festive explique
l'absence de descriptions généralistes de ses effets. Cependant,
l'analyse des témoignages trouvés sur Internet ont permis de dégager
certaines caractéristiques du 2C-B.
Le 2C-B est légèrement psychédélique. Il entraîne une « ouverture
d'esprit » moins importante que le LSD ou les psilocybes et
l'expérience semble plus personnelle, plus intérieure. Les témoignages
font souvent état de périodes d'introspection ou de questionnement «
philosophique » sur le monde à l'occasion d'isolement rendu possible
par le 2C-B (alors que le consommateur se trouve dans une ambiance
agitée et sonore). Un consommateur explique qu'il n'y a pas d'effet
anesthésique comme avec les autres psychédéliques mais une conscience
plus aiguë de son corps, physique comme mental, bien être comme
inconfort.
Les hallucinations visuelles sont elles aussi présentes à type de halo
coloré autour des objets ou de distorsions (fractionnement à la manière
d'un kaléidoscope ou au contraire déformation fluide) lorsque le sujet garde les yeux ouverts et à type
de formes géométriques colorées animées quand le sujet ferme les yeux.
Les effets visuels augmentent avec la dose et l'usager décrit alors des
formes et des rémanences d'images colorées et lumineuses. Contrairement
au LSD, il n'est pas rapporté avec le Nexus de pensées récursives.Il
n'est pas décrit d'hallucination olfactive ou tactile mais il est
fréquemment rapporté une acuité supérieure de ces sens avec un résultat
agréable et non pas accablant. Ces hallucinations et exacerbations des
sens sont souvent rapportées comme étant érotiques et Alexander Shulgin
dans son ouvrage PIHKAL affirme : "Si jamais l'on trouve quelque chose
qui soit un véritable aphrodisiaque, il aura probablement été conçu
selon la structure du 2C-B".
Il est dit que, comme avec tous les psychédéliques, de nombreuses
personnes ressentent la « montée » comme quelque chose de froid,
faisant frissonner. Avec le 2C-B, il est aussi rapporté à plusieurs
reprises une sensation d'estomac noué et de tension sans qu'elle soit
toujours présente.Le caractère psychédélique du Nexus est plus puissant
que celui de la MDMA puisque l'on n'est pas plongé de manière directive
dans une humeur positive mais c'est plutôt l'esprit qui construit son
expérience.
Les utilisateurs rapprochent quand même le 2C-B de la MDMA du fait de
son caractère entactogène. En effet, ils se décrivent comme étant plus
ouverts, plus sensibles sous 2C-B, comme sous ecstasy, sans toutefois
ressentir ce côté sécurisant où « tout est fondamentalement OK », «
tout est merveilleux » qu'ils observent avec le MDMA.Le caractère
entactogène du 2C-B, est à relativiser. Si les utilisateurs lui
trouvent une composante proche du MDMA (mais moins prononcée) c'est
parce que le contact avec autrui est facilité. Cependant, cela semble
plus venir d'une levée d'inhibition et du caractère sensuel de
l'expérience que nous venons de décrire que d'une réelle composante
empathogène de la substance.
C'est encore la levée d'inhibition propre à toute substance
psychédélique qui est à l'origine des rires et gloussements rencontrés
lors de la consommation de 2C-B plus qu'un caractère euphorisant qui
n'est d'ailleurs jamais décrit. Si le 2C-B est bien une drogue debout,
il n'est pas pour autant stimulant puisque certains dorment après le
pic (60-90 minutes après le début des effets).
PHARMACOLOGIE
Hormis le fait que le 2C-B soit un agoniste sérotoninergique
(récepteurs 5HT2 et 5HT1C), il existe peu de données sur la
pharmacologie du nexus.
RISQUES
Effets indésirables, toxicité
Très peu de données existent dans la littérature scientifique. Jusqu'à
présent, aucun effet neurotoxique (de type amphétamine-like), n'a été
observé. La comparaison avec les effets de la mescaline laisse supposer
une toxicité faible au niveau neuronal.
Toutefois, les fortes doses causent des effets sympathiques :
tachycardie, hypertension artérielle, hyperthermie. Il existe
vraisemblablement un risque de syndrome sérotoninergique. Ce risque est
encore plus important si le 2C-B est associé à de l'ecstasy ou à
d'autres hallucinogènes.
Tolérance et dépendance
Le potentiel toxicomanogène du 2C-B est faible, mais la tolérance peut
apparaître dans les conditions d'une utilisation chronique régulière (à
partir d'une consommation hebdomadaire), à fortes doses. Il convient de
rappeler que le potentiel toxicomanogène du 2C-B, comparé à celui de
l'ecstasy, est considéré par certains auteurs comme plus élevé et que
l'on voit apparaître des consommations d' « adultes » qui recherchent
les effets aphrodisiaques.