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La question du chanvre embarrasse les défenseurs de la loi sur les stupéfiants

En Suisse, le statut du cannabis  est le point le plus controversé du débat politique sur les drogues...

Source : http://www.letemps.ch/template/suisse.asp?page=5&article=240196
Date : 23-09-2008

DROGUES. Faut-il ancrer la politique des quatre piliers dans la loi? Faut-il dépénaliser le cannabis? Les citoyens se verront poser ces deux questions distinctes le 30 novembre. Au risque de parasiter sérieusement le débat.

C'est un hasard du calendrier. Qui fait bien les choses pour les partisans d'un retour à la fermeté dans la politique des drogues: les Suisses voteront deux fois sur cette politique le 30 novembre. Une fois pour accepter ou refuser une initiative visant la dépénalisation du chanvre. Et l'autre pour accepter ou refuser la nouvelle loi sur les stupéfiants. Cette dernière, qui consacre la politique des quatre piliers - prévention, thérapie, répression et aide à la survie - a été adoptée par les Chambres en mars et attaquée par un référendum des Démocrates suisses.

Cette conjonction est accueillie avec satisfaction par le conseiller national Luc Barthassat (PDC/GE), l'un des rares Romands à soutenir le référendum contre la loi sur les stupéfiants. «Les deux textes vont dans le sens d'une banalisation des drogues et c'est ce que nous combattons», résume-t-il. L'initiative, renchérit Claude Ruey (PLS/ VD), également favorable au référendum, «vise plus clairement l'extension de l'accès aux drogues que la loi promeut de façon plus dissimulée».

Minces chances de succès

En clair: l'initiative, dont les chances de succès semblent assez minces dans le climat de retour à l'autorité qui prévaut actuellement, pourrait emporter la loi avec elle. Alors qu'en elle- même, cette dernière semble apte à recueillir une majorité. C'est bien ce qui fait peur dans le camp des partisans de cette dernière.

Leur situation est d'autant plus délicate qu'ils sont nombreux à être favorables aux deux projets, qui coexistaient d'ailleurs, à l'origine, dans un seul texte élaboré par le Conseil fédéral.

Le gouvernement proposait à la fois d'ancrer la politique des quatre piliers dans la loi, de dépénaliser la consommation et, à certaines conditions restrictives, la vente de cannabis.

Acquis reconnus

Cette seconde proposition a fait peur aux députés, qui l'ont écartée. Mais ils ont fini par accepter, à une très confortable majorité, de consacrer dans la loi une politique dont les acquis sont reconnus par la plupart d'entre eux.

Ces acquis convainquent également sur le terrain, où une très large coalition de médecins, d'enseignants, de policiers et de spécialistes des dépendances s'est formée pour défendre la loi. Les intervenants en toxicomanie, qui en constituent le fer de lance, sont aussi favorables à la dépénalisation du cannabis. Mais ils mettent une sourdine à cet aspect de leurs revendications pour ne pas mettre en danger un texte qu'ils considèrent indispensable pour leur travail.

C'est également la ligne qu'entend suivre Felix Gutzwiller (PRD/ZH). Le directeur de l'Institut zurichois de médecine sociale et préventive s'engagera pour la loi mais gardera ses distances avec l'initiative.

Les électeurs comprendront

A gauche, on s'apprête à défendre les deux textes, même si l'on est conscient du danger que l'initiative fait peser sur la loi. «Il faudra bien expliquer la différence entre une loi qui ne change pas la réalité pratique mais la consacre et une initiative qui vise à remédier à certains aspects de cette réalité. Mais je fais confiance à l'intelligence des électeurs», résume Liliane Maury Pasquier (PS/GE).

Coprésident du comité d'initiative, Geri Müller (Vert/AG) estime même que la situation comprend des avantages: «Le fait qu'il y ait deux votes sur les stupéfiants permettra un débat approfondi qui est à notre avantage car le sujet est complexe. Et cela mobilisera une plus large coalition d'électeurs», espère-t-il. Mais sa hiérarchie des priorités ne diffère guère de celle des intervenants en toxicomanie. Un refus de l'initiative serait, pour lui, «catastrophique» mais réparable. Un échec de la loi serait simplement catastrophique.

Des propositions qui sont censées réunir les partis Lundi, les auteurs de l'initiative sur le cannabis ont présenté leur campagne.

Leur texte divise, ils tiennent à dire que c'est à tort. Les affiches du comité d'initiative utilisent les couleurs des quatre partis gouvernementaux pour montrer que la dépénalisation du cannabis peut réunir un large consensus: elle limite l'intervention de l'Etat comme le souhaitent les radicaux, combat la narco- criminalité selon les v?ux de l'UDC, protège les jeunes chers au PDC et combat l'arbitraire avec le Parti socialiste.

La démarche, qui ne plaira sans doute pas partout, vise également à rappeler que l'initiative s'inspire d'un texte naguère promu par le Conseil fédéral. Et les initiants ont besoin de se faire remarquer: ils ont peu de moyens, et de nombreux objets accapareront l'attention des électeurs.

Sur le fond, une réglementation du marché du cannabis permettrait, soutiennent-ils, un meilleur contrôle de son contenu en substance active et un accès plus rapide aux thérapies des quelques personnes qui rencontrent des problèmes avec leur consommation de chanvre.

Quant au demi-million de Suisses adultes qui utilisent le cannabis à des fins récréatives, ils pourraient décider librement de leur consommation, avec les réserves que connaissent déjà les amateurs de vin ou de cigares: pas avant de conduire et pas là où des tiers seraient exposés à leur fumée.



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